Nettoyage du filtre à particules : est-ce vraiment efficace ?

Le filtre à particules diesel (FAP) constitue aujourd’hui un élément incontournable des systèmes antipollution modernes. Face à l’encrassement progressif de cette pièce coûteuse, de nombreux propriétaires de véhicules s’interrogent sur l’efficacité réelle des solutions de nettoyage disponibles sur le marché. Entre les promesses commerciales des prestataires et la réalité technique, il convient d’examiner objectivement les différentes approches pour déterminer si le nettoyage représente véritablement une alternative viable au remplacement du FAP.

Cette problématique touche particulièrement les conducteurs urbains dont les trajets courts ne permettent pas une régénération naturelle optimale. Les coûts de remplacement, pouvant atteindre plusieurs milliers d’euros, poussent naturellement vers la recherche de solutions plus économiques. Cependant, l’efficacité variable des méthodes de nettoyage soulève des questions légitimes sur leur pertinence technique et leur rentabilité à long terme.

Fonctionnement technique du filtre à particules diesel (FAP) et accumulation de suie

Le filtre à particules fonctionne selon un principe de filtration physique combiné à une oxydation catalytique des particules piégées. Ce dispositif complexe nécessite une compréhension approfondie de son architecture interne pour évaluer correctement les possibilités de restauration par nettoyage.

Architecture interne du filtre à particules en carbure de silicium

Le substrat céramique du FAP présente une structure alvéolaire particulièrement sophistiquée, composée de milliers de micro-canaux alternativement bouchés. Cette architecture en nid d’abeilles force les gaz d’échappement à traverser les parois poreuses, capturant ainsi les particules de suie d’un diamètre supérieur à 0,1 micromètre. Le carbure de silicium offre une résistance thermique exceptionnelle, supportant des températures de régénération dépassant 650°C.

La porosité contrôlée du substrat constitue un élément critique pour l’efficacité de filtration. Chaque cellule présente une géométrie optimisée pour maximiser la surface de contact tout en minimisant la contre-pression. Cette conception délicate explique pourquoi certaines méthodes de nettoyage agressives peuvent endommager irrémédiablement la structure microscopique du filtre.

Mécanisme d’oxydation catalytique et température de régénération

La régénération naturelle du FAP s’opère grâce à l’oxydation catalytique des particules de carbone à haute température. Ce processus chimique transforme les particules solides en dioxyde de carbone gazeux, évacué naturellement par l’échappement. La température critique de 550°C minimum déclenche cette combustion spontanée, nécessitant un fonctionnement moteur soutenu sur plusieurs kilomètres.

L’efficacité de cette oxydation dépend étroitement de la qualité du revêtement catalytique déposé sur les parois du substrat. Les métaux précieux comme le platine et le palladium facilitent la réaction chimique en abaissant l’énergie d’activation nécessaire. Toute altération de cette couche nanométrique compromet définitivement les performances de régénération du filtre.

Cycle de colmatage progressif et seuil de contre-pression critique

L’accumulation progressive de suie suit un processus prévisible influencé par le style de conduite et les conditions d’utilisation du véhicule. Les trajets urbains courts, caractérisés par des températures d’échapp

ement insuffisantes, favorisent une accumulation rapide des particules et une hausse de la contre-pression dans la ligne d’échappement. Au-delà d’un certain seuil, cette contre-pression perturbe le balayage des cylindres, entraîne une perte de puissance et augmente la température en amont du turbo. Si l’on continue à rouler dans ces conditions, le risque est double : détérioration progressive du turbo et basculement du FAP dans un colmatage dit « critique », où le nettoyage devient aléatoire et le remplacement quasi inévitable.

Les constructeurs calibrent généralement des seuils de sécurité exprimés en grammes de suie estimée ou en millibars de différence de pression entre l’entrée et la sortie du filtre. Lorsque ces seuils sont atteints, le calculateur moteur limite le couple disponible, voire passe le véhicule en mode dégradé pour protéger la mécanique. À ce stade, le simple « nettoyage en roulant » ne suffit plus : seule une intervention professionnelle, ou un remplacement du filtre à particules, permet de retrouver un fonctionnement normal.

Capteurs de différence de pression et algorithmes de gestion moteur

Pour surveiller l’état de colmatage du filtre à particules, les véhicules diesel modernes s’appuient sur un réseau de capteurs et d’algorithmes intégrés au calculateur moteur. Les plus importants sont les capteurs de pression différentielle, positionnés avant et après le FAP, qui mesurent en temps réel la résistance à l’écoulement des gaz d’échappement. En parallèle, des sondes de température et parfois des capteurs de NOx fournissent des données essentielles pour piloter les phases de régénération.

À partir de ces informations, l’ECU (Engine Control Unit) calcule une masse de suie théorique accumulée dans le FAP, en tenant compte de votre style de conduite, du kilométrage parcouru depuis la dernière régénération et des conditions d’utilisation (ville, route, autoroute). Lorsque le niveau d’encrassement dépasse une valeur prédéfinie, il déclenche une régénération active en modifiant la stratégie d’injection, la position de la vanne EGR et parfois la géométrie du turbo. Si les conditions ne sont pas réunies (trajet trop court, coupure moteur), la régénération est interrompue et le risque d’encrassement chronique augmente.

C’est cette logique de surveillance permanente qui explique pourquoi un FAP très colmaté finit par allumer le voyant moteur et générer des codes défaut spécifiques. Dans ces situations, les tentatives de nettoyage approximatives ou les additifs miracles versés dans le réservoir ne font souvent que retarder l’échéance. Une lecture précise des données via une valise OBD et une compréhension des stratégies de régénération restent indispensables pour décider si un nettoyage du filtre à particules est encore pertinent ou si le remplacement s’impose.

Méthodes de nettoyage professionnel du FAP : décapatage chimique vs régénération forcée

Face à un filtre à particules encrassé, les ateliers spécialisés disposent aujourd’hui d’un panel de techniques plus ou moins invasives. Toutes n’offrent pas la même efficacité, ni la même sécurité pour le substrat céramique et le revêtement catalytique. Pour savoir si le nettoyage du FAP est vraiment efficace, il faut distinguer les procédés sérieux, reposant sur une maîtrise des flux et des températures, des méthodes plus marketing que techniques.

On oppose souvent deux grandes familles d’intervention : le décapage chimique ou hydrodynamique, qui consiste à déposer le FAP et à le traiter en profondeur, et la régénération forcée, réalisée véhicule sur pont via la valise constructeur. Entre ces extrêmes, des approches hybrides (ultrasons, hydrogène, pyrolyse) promettent un « décalaminage intégral », mais leurs résultats varient fortement selon l’état initial du filtre et la compétence du prestataire. Comment démêler le vrai du faux ?

Nettoyage par ultrasons et solutions détergentes spécialisées

Le nettoyage par ultrasons repose sur l’immersion complète du FAP dans une cuve remplie d’une solution détergente spécifique, mise en vibration à haute fréquence. Les ondes ultrasonores génèrent des micro-bulles qui implosent à la surface des canaux, un peu comme de minuscules jets haute pression locaux. Cette cavitation libère mécaniquement une partie de la suie, des cendres et des dépôts d’oxyde de cérium accumulés dans les structures alvéolaires.

Sur le papier, cette approche est séduisante car elle ne nécessite pas de découper la cartouche céramique et reste relativement douce pour le revêtement catalytique. En pratique, son efficacité dépend fortement de deux paramètres : la formulation du détergent et le degré de colmatage initial. Lorsque certains canaux sont totalement obstrués, l’eau et les ultrasons y pénètrent difficilement, laissant des zones mortes non nettoyées. C’est un peu comme essayer de déboucher une canalisation entièrement bouchée uniquement avec un jet modéré : sans accès, l’action mécanique reste limitée.

Autre point de vigilance : le rinçage et le séchage. Un FAP mal rincé peut conserver des résidus chimiques qui altèrent la couche catalytique, tandis qu’un séchage incomplet favorise la corrosion interne et une montée en température non homogène lors des premières régénérations. Un prestataire sérieux documentera systématiquement le débit d’air avant/après nettoyage et fournira un rapport de contre-pression mesurée, plutôt que de se contenter d’un simple « c’est propre » visuel.

Régénération stationnaire par montée en température contrôlée

La régénération stationnaire, aussi appelée régénération forcée en atelier, consiste à reproduire une régénération active du FAP, véhicule à l’arrêt, sous contrôle de la valise de diagnostic. Le technicien force le calculateur à enrichir le mélange, à fermer la vanne EGR et à faire travailler le moteur à un régime soutenu, afin de porter la température des gaz d’échappement aux alentours de 600 °C. Dans ces conditions, la suie carbonée brûle progressivement, réduisant la masse de particules piégée dans le filtre.

Cette méthode présente l’avantage de ne pas nécessiter le démontage du FAP et de permettre une surveillance continue des températures et de la différence de pression. Lorsqu’elle est déclenchée sur un filtre modérément colmaté, elle peut suffire à rétablir un fonctionnement correct et retarder de plusieurs dizaines de milliers de kilomètres un nettoyage plus lourd ou un remplacement. C’est notamment une solution intéressante pour les véhicules qui roulent principalement en ville et n’atteignent jamais naturellement les régimes moteurs nécessaires à une régénération complète.

En revanche, ses limites apparaissent vite lorsque le FAP est déjà très saturé de suie et surtout de cendres minérales, qui ne brûlent pas. Forcer le moteur à fonctionner longtemps à haut régime sur un filtre presque bouché augmente les contraintes thermiques et mécaniques, au risque de « martyriser » le moteur et le turbo. De plus, une régénération forcée ne fait que consommer la suie, sans éliminer les cendres qui s’accumulent inéluctablement au fil du temps et finissent par réduire définitivement la capacité filtrante.

Décalaminage à l’hydrogène et traitement par pyrolyse

Le décalaminage à l’hydrogène s’est imposé ces dernières années comme une solution très médiatisée pour nettoyer le moteur et, par extension, le filtre à particules. Le principe est simple : une machine injecte un mélange d’hydrogène et d’oxygène dans l’admission d’air, favorisant une combustion plus chaude et plus complète. Cette combustion serait censée décoller la calamine présente dans la chambre de combustion, la vanne EGR, le turbo et, in fine, le FAP. Sur le plan marketing, l’idée d’un « nettoyage interne par gaz » séduit naturellement.

Dans la réalité, l’efficacité du décalaminage hydrogène sur un FAP déjà très colmaté reste limitée et parfois contre-productive. En décollant des dépôts en amont, on risque de les envoyer massivement vers le filtre, qui se retrouve encore plus obstrué si la régénération en roulant n’est pas immédiatement réalisée ensuite. Sur des véhicules anciens ou fragilisés, des cas de fuites, de joints affaiblis ou de turbos endommagés ont également été rapportés après des séances de décalaminage trop agressives. C’est un peu comme décoller toutes les saletés des murs d’une conduite sans prévoir un véritable système d’évacuation derrière.

Le traitement par pyrolyse, quant à lui, consiste à déposer complètement le FAP pour le placer dans un four spécialisé. La cartouche céramique est portée à une température contrôlée, généralement entre 600 et 700 °C, pendant plusieurs heures afin de brûler la suie résiduelle, avant d’être soufflée à l’air comprimé ou rincée. Utilisée depuis longtemps dans l’industrie, cette méthode est redoutablement efficace pour éliminer la suie, mais elle ne retire pas toutes les cendres et comporte un risque : une montée ou une descente en température trop rapide peut fissurer le substrat ou altérer la couche catalytique.

Comparatif efficacité flash clean vs warm up solutions

Sur le marché, plusieurs marques se disputent le segment du nettoyage professionnel de FAP, avec des approches techniques différentes. Sans entrer dans une promotion de telle ou telle enseigne, on peut néanmoins comparer deux philosophies courantes que l’on retrouve derrière des noms commerciaux comme « Flash Clean » ou « Warm Up Solutions ». La première s’appuie souvent sur un nettoyage hydrodynamique haute pression avec détergent, complété par un contrôle de débit, tandis que la seconde mise davantage sur un traitement thermo-chimique progressif, à température modérée, couplé à une régénération assistée.

Les systèmes de type « Flash Clean » misent sur un impact immédiat : le FAP est déposé, installé sur une machine qui injecte de l’eau sous pression et un produit nettoyant dans le sens inverse de l’écoulement des gaz. Lorsque la procédure est bien maîtrisée, on peut retrouver jusqu’à 90 à 98 % du débit initial. En revanche, l’utilisation d’une pression trop élevée ou d’un détergent inadapté peut éroder la surface de la céramique ou lessiver une partie de la couche catalytique. Un FAP « dé-bouché » mais dé-catalysé passera mal au contrôle technique malgré un bon débit.

Les solutions inspirées de « Warm Up Solutions » privilégient généralement des cycles plus longs, avec une montée en température progressive et l’injection de détergents spécifiques à l’état liquide ou vapeur. L’objectif est de solubiliser une partie des dépôts sans choc thermique ni pression excessive, puis de terminer par une régénération contrôlée sur banc ou sur route. La récupération de la performance est parfois légèrement inférieure en termes de débit maximal, mais la préservation du revêtement catalytique est meilleure sur le long terme. Pour un automobiliste, la vraie question n’est donc pas seulement « combien de pourcentage de débit je récupère immédiatement ? » mais « dans quel état sera mon FAP après 20 000 km ? ».

Dans les deux cas, l’élément clé reste la transparence du prestataire : mesure de la contre-pression avant/après, rapport écrit, explication des limites du nettoyage et absence de promesse de « miracle » sur un FAP déjà fissuré ou saturé de cendres. Si l’on vous garantit qu’un filtre de 250 000 km reviendra « comme neuf » pour quelques dizaines d’euros, vous avez tout intérêt à demander des preuves chiffrées ou à envisager un second avis.

Diagnostic OBD et codes défaut P2002/P2003 : indicateurs de colmatage critique

Sur la plupart des véhicules diesel récents, le calculateur moteur signale un problème de filtre à particules par des codes défaut normalisés, accessibles via la prise OBD. Les codes P2002 (« Efficacité du filtre à particules en dessous du seuil, banc 1 ») et P2003 (« Efficacité du filtre à particules en dessous du seuil, banc 2 ») figurent parmi les plus fréquents. Ils indiquent que le système antipollution ne parvient plus à atteindre les performances de filtration attendues, soit parce que le FAP est trop colmaté, soit parce qu’il est au contraire percé ou vidé.

Concrètement, lorsque vous lisez un P2002 ou un P2003 avec une valise de diagnostic, le calculateur a comparé la différence de pression mesurée, la durée des régénérations et les valeurs de pollution attendues en sortie de filtre. Si, malgré des tentatives répétées de régénération, la contre-pression reste élevée ou si la sonde lambda et les capteurs de NOx détectent un taux de particules anormal, l’ECU considère que le FAP est inefficace. C’est un peu l’équivalent d’un bilan de santé défavorable : le système ne fait plus correctement son travail de filtration.

Face à ces codes, la tentation est grande de se contenter d’un effacement des défauts et d’un essai routier « à haut régime ». Or, sans analyse détaillée des valeurs de pression différentielle (en mbar au ralenti et à charge), des températures de gaz d’échappement et de la masse de suie calculée, on se contente de masquer le symptôme. Un professionnel sérieux utilisera l’OBD non seulement pour lire les défauts, mais aussi pour suivre en temps réel l’évolution des paramètres pendant un trajet de test. C’est cette approche qui permet de décider objectivement si un nettoyage de FAP est encore rentable ou si la structure interne est trop dégradée.

Autre point crucial : un code P2002 peut aussi révéler un FAP déjà vidé ou remplacé par un élément de mauvaise qualité, incapable de filtrer correctement. Dans ce cas, la contre-pression est faible mais les capteurs de post-traitement détectent une pollution excessive. Un nettoyage ne servira évidemment à rien : seul un remplacement par un filtre à particules conforme remettra le système dans les clous des normes et du contrôle technique. Là encore, la lecture attentive des données OBD vous évite de dépenser inutilement dans des prestations de nettoyage inefficaces.

Limites techniques du nettoyage FAP sur véhicules peugeot 308, BMW 320d et volkswagen golf TDI

Si les principes de fonctionnement du filtre à particules sont similaires d’une marque à l’autre, chaque constructeur applique ses propres stratégies de régénération et conçoit des lignes d’échappement plus ou moins accessibles. Les retours d’expérience montrent que certains modèles, comme les Peugeot 308, BMW 320d ou Volkswagen Golf TDI, présentent des particularités qui conditionnent fortement l’efficacité réelle d’un nettoyage de FAP. Ignorer ces spécificités, c’est prendre le risque d’investir dans un nettoyage coûteux pour un bénéfice limité dans le temps.

De manière générale, plus un véhicule cumule de kilométrage, de trajets urbains et d’historique d’entretien approximatif (huile non adaptée, vidanges espacées, voyants ignorés), plus la marge de manœuvre se réduit. Au-delà d’un certain seuil, le filtre n’est pas seulement encrassé de suie : il est saturé de cendres et parfois micro-fissuré. Dans ces cas, même la meilleure méthode de nettoyage ne peut pas recréer la capacité filtrante d’origine ni restaurer intégralement la fonction catalytique. C’est particulièrement vrai sur les motorisations très sollicitées des compactes diesel mentionnées.

Dégradation irréversible du substrat céramique après 200 000 km

Sur des modèles comme la Peugeot 308 HDi, la BMW 320d ou la Golf TDI, il n’est pas rare que le FAP dépasse les 180 000 à 220 000 km avant de présenter des symptômes de colmatage sévère. À ce stade, le substrat en carbure de silicium ou en cordiérite a subi des centaines de cycles thermiques, parfois dans des conditions loin d’être idéales (coupure moteur en pleine régénération, surchauffe liée à un injecteur défaillant, etc.). Des micro-fissures peuvent se développer, la porosité évoluer, et la couche catalytique se dégrader par lessivage ou fusion locale.

Techniquement, un nettoyage intensif peut encore améliorer le débit et faire baisser la contre-pression, ce qui donne l’impression d’un FAP « réanimé ». Mais la structure interne n’est plus homogène : certains canaux sont partiellement effondrés, d’autres présentent des zones surchauffées où le catalyseur a perdu son activité. C’est comme une éponge vieille et très utilisée : même bien rincée, elle n’a plus la même capacité ni la même tenue qu’une neuve. Résultat : les intervalles entre deux épisodes de colmatage se raccourcissent, et les régénérations deviennent de moins en moins efficaces.

Passé ces kilométrages, la vraie limite du nettoyage n’est donc pas l’élimination de la suie, mais la capacité du FAP à remplir durablement son rôle dans le système antipollution du véhicule. Pour un propriétaire de 308, 320d ou Golf TDI dépassant largement les 200 000 km, il est souvent plus rationnel, sur le moyen terme, de prévoir un remplacement par un FAP de qualité (équipementier ou origine) plutôt que de multiplier les nettoyages coûteux avec un gain de quelques mois à chaque fois.

Problématiques spécifiques aux FAP additivés eolys DPX 42

Les Peugeot 308 et plus largement de nombreux modèles du groupe PSA utilisent un système de FAP additivé, avec un fluide de type Eolys DPX 42 ou ses évolutions. Cet additif, injecté automatiquement dans le carburant, abaisse la température de combustion de la suie, permettant des régénérations plus fréquentes et plus courtes, même à température d’échappement modérée. À première vue, cela semble allonger la durée de vie du filtre à particules et améliorer la fiabilité du dispositif.

En réalité, l’additif génère lui-même des cendres métalliques (oxyde de cérium, de fer…) qui s’accumulent irréversiblement dans la structure du FAP. Ces cendres ne brûlent pas, même à très haute température, et finissent par occuper une part croissante du volume filtrant. C’est un peu comme si, à chaque nettoyage, vous laissiez des grains de sable au fond de votre aspirateur : au bout d’un moment, il n’y a plus assez de place pour stocker la poussière. Les nettoyages, qu’ils soient par régénération forcée ou hydrodynamique, atteignent alors rapidement leurs limites.

Autre contrainte : le réservoir d’additif doit être régulièrement remis à niveau (tous les 120 000 km environ). Un manque d’additif entraîne des régénérations incomplètes, un encrassement accéléré et peut déclencher des codes défaut spécifiques. Dans ce contexte, nettoyer un FAP additivé PSA sans vérifier l’état du système Eolys, le niveau de fluide et le bon fonctionnement de la pompe revient à traiter seulement la conséquence, pas la cause. Sur ces véhicules, l’efficacité réelle du nettoyage passe donc par une vision globale du système, et pas uniquement par l’état du filtre.

Compatibilité huiles moteur 5W30 C3 et impact sur la régénération

La BMW 320d et la Volkswagen Golf TDI, comme la plupart des diesels modernes, exigent des huiles moteur dites « low SAPS » (faible teneur en cendres sulfatées, phosphore et soufre), typiquement des 5W30 conformes à la norme ACEA C3 ou équivalent constructeur. Cette exigence n’est pas un simple caprice : elle vise à limiter la production de cendres incombustibles qui, à terme, saturent le FAP. Utiliser une huile non adaptée, même de bonne qualité par ailleurs, augmente la quantité de cendres formées et réduit considérablement l’espérance de vie du filtre.

Beaucoup de propriétaires découvrent ce lien tardivement, lorsqu’un diagnostic met en évidence un colmatage prématuré du FAP malgré des kilométrages relativement faibles. À ce stade, un nettoyage peut certes améliorer la situation, mais le mal est en partie fait : la capacité de stockage des cendres est entamée. Si l’on continue à utiliser une huile inadaptée après le nettoyage, le problème réapparaîtra rapidement. C’est un peu comme assainir un mur sans traiter la fuite d’eau derrière : à court terme, l’aspect s’améliore, mais la cause persiste.

Sur ces motorisations, l’efficacité du nettoyage du filtre à particules ne peut donc être évaluée qu’en lien avec le respect des préconisations d’huile moteur et de fréquence de vidange. Un carnet d’entretien lacunaire, des vidanges espacées bien au-delà des recommandations ou l’emploi répété d’huiles universelles non homologuées sont autant de signaux d’alerte. Avant d’investir dans un nettoyage coûteux, il est judicieux de vérifier ces points avec votre garagiste et, si besoin, de corriger la stratégie d’entretien pour ne pas re-colmater en quelques mois un FAP fraîchement nettoyé.

Alternatives au nettoyage : remplacement FAP et suppression légale du système antipollution

Lorsque le filtre à particules atteint un niveau de dégradation trop avancé – substrat fissuré, masse de cendres maximale, codes défaut récurrents malgré plusieurs régénérations et nettoyages – la question n’est plus de savoir si le nettoyage est efficace, mais quelle alternative choisir. Deux options principales s’offrent alors à vous : le remplacement du FAP par une pièce neuve ou reconditionnée, ou la modification plus profonde de la ligne d’échappement et de la gestion moteur. Cette seconde voie, souvent vendue comme un « défapage », soulève des enjeux légaux et environnementaux majeurs.

Le remplacement du FAP, qu’il s’agisse d’une pièce d’origine constructeur ou d’un FAP homologué d’équipementier, reste la solution la plus conforme et la plus pérenne. Certes, le coût est élevé – souvent entre 1 000 et 2 500 € posé sur des modèles comme la 308, la 320d ou la Golf TDI – mais il s’accompagne d’un retour à des performances de filtration proches du neuf et d’une compatibilité totale avec les stratégies de régénération prévues par le constructeur. À long terme, c’est souvent le seul moyen de retrouver une fiabilité acceptable et de passer sereinement les futurs contrôles techniques, de plus en plus stricts sur les émissions.

La suppression du FAP, qu’elle soit mécanique (remplacement par un tube ou un silencieux vidé) ou logicielle (désactivation dans le calculateur), est, elle, clairement illégale sur route ouverte. Outre l’amende potentielle pouvant théoriquement atteindre plusieurs dizaines de milliers d’euros et l’immobilisation du véhicule en cas de contrôle approfondi, ce type de modification vous expose à un refus systématique au contrôle technique dès lors qu’elle est détectée. Sans parler de la hausse massive des émissions de particules fines, à rebours total des enjeux de santé publique et de la tendance réglementaire.

Entre ces extrêmes, certains professionnels proposent des solutions intermédiaires, comme le remplacement par un FAP de seconde monte optimisé ou le recyclage de l’ancien filtre via des filières spécialisées, avec une compensation financière à la clé. Ces approches permettent de réduire la facture tout en restant dans un cadre légal et respectueux de l’environnement. Vous pouvez également, en amont, discuter avec votre garagiste de la valeur de votre véhicule et de votre projet à moyen terme : sur une voiture très kilométrée à faible valeur résiduelle, il peut être plus rationnel de revendre le véhicule avant d’engager une dépense lourde, plutôt que de chercher à tout prix à prolonger la vie d’un FAP en fin de course.

Au final, l’efficacité du nettoyage du filtre à particules doit toujours être mise en perspective avec l’âge du véhicule, son kilométrage, son historique d’entretien et les exigences réglementaires actuelles et futures. Un nettoyage professionnel bien réalisé peut être une excellente solution pour prolonger la vie d’un FAP encore sain et retarder un remplacement coûteux. Mais lorsque les limites physiques du filtre sont atteintes, vouloir à tout prix éviter le remplacement revient souvent à repousser l’inévitable, au prix de prestations répétées et de passages au garage de plus en plus fréquents.

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